Les conséquences de la crise sanitaire sur la gestion de dette des collectivités // Partie 2/3

Partager sur linkedin
Partager sur twitter
Partager sur facebook
Partager sur email

Par Elisabeth PAUL et Etienne FAVRE

 

Partie 2 : Comment les collectivités ont-elles traversé la crise sanitaire ?

 

Des besoins de financement limités au cœur de la crise financière

En début d’année 2020, les collectivités ont commencé l’année avec un matelas confortable de trésorerie. Le solde du compte 515 s’élevait à 45Mds € au 1er janvier 2020.

 

 

Ce volume de trésorerie s’explique notamment :

  • Pour les départements par un niveau de recettes de DMTO très important et supérieur aux prévisions budgétaires,
  • Pour le bloc communal par des tirages d’emprunts importants, pour faire face à la difficulté de recourir rapidement à l’emprunt en 2020 du fait du calendrier électoral.

 

En sus de la trésorerie, les collectivités disposaient également de capacités de tirages sur des lignes de trésorerie et des enveloppes de financements pluri annuelles souscrites en amont auprès des établissements bancaires.

Par conséquent, au début de la crise sanitaire, lorsque les marchés ont ponctuellement paniqué, les collectivités disposaient de la liquidité suffisante pour faire face à leurs prochaines échéances. Elles ont très peu sollicité les banques en urgence.

 

Les banques se sont concentrées sur le déploiement du PGE pour les entreprises

Face à l’ampleur de la crise sur les entreprises, l’Etat est intervenu massivement avec la mise en place du PGE. Ce dispositif prévoit une garantie de l’emprunt essentiellement par l’Etat via la BPI mais un financement apporté par les banques commerciales.

Par conséquent, en pleine période de premier confinement, les banques ont dû s’organiser pour mettre en place l’ingénierie nécessaire au déploiement du dispositif. Les collectivités n’étant pas concernées par le PGE, elles ont très peu sollicité les banques.

 

Les marchés ont permis l’accès au crédit aux institutionnels

Alors que la tension (mesurée par la volatilité) sur les marchés était comparable à la période suivant la faillite de Lehman Brother’s, le marché du crédit a démontré sa robustesse avec un maintien sans faille des investisseurs aux besoins des émetteurs. Les Etats, les agences, les banques, les entreprises et les collectivités ont pu trouver des volumes de financements importants à des prix attractifs notamment au regard du risque de la période traversée.

Ce bon fonctionnement des courroies de transmission du crédit a rassuré l’ensemble des intervenants :

  • Les grandes collectivités françaises notées ont ainsi pu capter des financements
  • Bien qu’elles aient temporairement dégradé leurs marges bancaires, les banques commerciales n’ont pas coupé le crédit

 

Les banques ont maintenu les volumes apportés aux collectivités dans des conditions financières satisfaisantes

 

  • Une politique de l’offre sur le 2ème trimestre

 

A la suite de la crise sanitaire, les banques ont revu leur offre à destination du secteur public local. Elles se sont concentrées sur leurs contraintes internes pour construire leur offre de financements. Cependant, même si les banques réduisent actuellement les volumes et durées proposées aux particuliers, les collectivités ont pu bénéficier durant toute la crise de volumes de financement importants.

Le graphique ci-dessous présente l’évolution du ratio entre les besoins de financements d’une collectivité et le total des offres qu’elle reçoit.

 

Source :  FCL Gérer la Cité

 

Les volumes élevés permettent d’assurer le financement des investissements. Attention toutefois aux disparités entre collectivités. Les collectivités en situation de crédit délicates ont plus de difficultés à trouver des financements.

Au niveau des conditions financières, les banques ont significativement augmenté leurs marges à destination des collectivités. Cette hausse reflète la hausse des coûts de financement et de manière plus large la volonté d’augmenter la profitabilité de l’activité dans une perspective de pertes importantes sur les crédits aux entreprises et aux ménages.

 

  • Depuis le mois de septembre, les banques ajustent leurs conditions en fonction de la demande

 

C’est désormais la demande et l’état de la concurrence qui détermine le niveau des offres. Le marché des prêts bancaires aux collectivités a basculé durant l’été d’un marché de l’offre à un marché de la demande.

Si les banques durcissent les conditions de crédit aux particuliers et aux entreprises, la crise sanitaire a une fois de plus démontré la qualité de crédit du secteur public local.

Par conséquent, depuis la rentrée, les banques ont rapidement corrigé la tendance pour revenir sur des niveaux de marges proches de celles observables avant la crise.

Bien que plus réduites, les marges restent supérieures à celles d’avant crise : les banques profitent en revanche du niveau des taux de marché pour se permettre d’afficher des taux très compétitifs en gonflant à nouveau le niveau des marges.

 

  • Retour sur les conditions de taux bancaire 2020

 

Cette fin d’année permet ainsi d’obtenir des taux à 0.50% à 20 ans pour les collectivités les plus appréciées des établissements bancaires. Ce taux intègre une marge de 70 pbs et un taux de marché de -0.20%.

 

 

 

Retrouvez la troisième partie de cet article proposant un retour sur le très dynamique marché obligataire 2020 dès vendredi 08 janvier.